Actualité politique du Territoire de Belfort Cantonales 2011 Vie municipale
| Vous êtes les enfants de la République. Pour que la République soit à la hauteur de son idéal et des attentes de tous ses enfants, notre histoire doit être partagée et notre mémoire, commune. Au moment où Aimé Césaire rejoint notre combat, je m’adresse à votre génération qui n’a connu ni la colonisation, ni la décolonisation et qui, donc, sans complexe, pourra se retourner vers son histoire pour qu’elle soit celle de tous. Je l’ai déjà dit, je vous le redis solennellement ce soir, car c’est un engagement que je tiendrai : je veux une France qui s’accepte telle qu’elle est devenue et qui considère même que c’est une chance plurielle, diverse, colorée, qui s’en réjouisse et qui sache en tirer parti. Je veux une France qui reconnaisse comme ses enfants légitimes tous ceux dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière, quoique toujours en butte aux discriminations et aux contrôles d’identité. Je vous le redis du fond du cœur : la France a besoin de vous, car vous êtes notre chance. Je veux un pays qui vous écoute, un pays qui vous comprenne, mais un pays qui soit exigeant envers vous, un pays qui vous épaule dans tout ce que vous entreprenez, sans démagogie, un pays qui entende ce que lui dit Diam’s dans « Ma France à moi » : « Il ne faut pas croire qu’on la déteste, mais elle nous ment (…). Ma France à moi leur tiendra tête jusqu’à ce qu’ils nous respectent ». Je ne veux plus entendre parler de deuxième, troisième ou quatrième génération pour certains enfants d’immigrés alors qu’on ne le fait jamais pour ceux dont les familles sont originaires d’Europe. Je ne veux plus entendre parler, sans arrêt, d’intégration, comme s’il vous fallait toujours administrer la preuve que vous n’êtes pas moins Français que les autres, alors que ce qui fait obstacle sur votre chemin, ce n’est pas un besoin de discrimination positive, c’est tout simplement un déficit d’égalité, donc un besoin, tout simplement, d’égalité réelle. C’est cela, le défi qu’il faut construire ! Je veux une France qui assume avec lucidité une histoire partagée, respectueuse de toutes les mémoires et accueillante à tous les siens. Une France fière de sa République et de sa laïcité quand elles correspondent à ces valeurs universelles qui nous permettent de dialoguer avec le monde, sans que de vieux relents de « mission civilisatrice » fassent subrepticement leur retour dans nos mots et dans nos attitudes. Ni amnésie, ni repentance : je veux une France capable de porter un regard apaisé et de poser les mots justes sur son histoire ; capable de reconnaître l’esclavage pour ce qu’il fut : un crime contre l’humanité, sans effet bénéfique ; capable de reconnaître la colonisation pour ce qu’elle fit, sans effet bénéfique : dominer et spolier ; capable de reconnaître la part prise par la police de Vichy dans la rafle de Vel d’Hiv et dans la déportation des Juifs français. Je veux que les enfants des harkis et ceux des militants du FLN, ceux qui vont à la synagogue, à la mosquée, au temple, à l’église, et ceux qui n’y vont pas, fassent vivre entre eux cette valeur de fraternité qui est le plus beau message de la République, en refusant tous les communautarismes. C’est à votre génération de refuser tous les communautarismes ! Ne l’oubliez pas, parce qu’en grandissant, les barrières se dressent, les limites s’installent, les manipulations trouvent leur place. La recherche de je ne sais quelle paix sociale pousse les gens à se replier sur eux-mêmes et sur je ne sais quelle communauté. C’est à vous de refuser cela, parce que c’est vous qui, à votre âge, avez encore la conscience du refus de ces barrières et la soif profonde de l’universalité des valeurs. Pour cela, je compte sur vous. Le combat ne sera pas facile, mais ce combat, il faudra le gagner, parce que la République en dépend, avec ses principes de liberté, d’égalité, de fraternité et d’universalité. Je vous propose une nouvelle ambition contre tous les racismes et contre toutes les formes de rejet de l’autre sous le prétexte du handicap, de la couleur, de l’origine, de l’aspect physique, du genre ou des préférences amoureuses. Et je propose une justice des discriminations, pour que la justice soit réellement en capacité de sanctionner, et donc de prévenir, car si les sanctions étaient efficaces, les discriminations reculeraient. Pour sanctionner, donc, celles et ceux qui pratiquent quotidiennement ces insultes à la République. Je veux que chaque jeune Français soit en France chez lui et que chaque jeune qui aspire à venir en France pour y réussir soit aussi correctement accueilli. Je veux que chaque regard, quelle que soit sa couleur de peau, soit un signe de bienvenue. Débat participatif sur la jeunesse à Grenoble. |
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